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[Rue 89] Des supporters illégalement fichés par la police... et le PSG

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Des supporters illégalement fichés par la police... et le PSG


En matière de non-respect des libertés publiques, l’arrivée d’un nouveau gouvernement le 22 mai dernier n’a pas tout changé. Le sort d’une partie des supporters du PSG en atteste.
Et on ne parle pas de méchants hooligans assoiffés de bière et de baston, mais de simples supporters, pour certains jamais abonnés au Parc des Princes, mais qui ont l’inconvenance de contester la politique actuelle mise en œuvre par le PSG.

    « On voulait mettre une bonne ambiance »

Vendredi 14 septembre, à quelques encablures de l’enceinte du club de foot, le Paris Handball, placé sur la même orbite que le PSG par Qatar Sport Investment, débutait sa saison face à Cesson Rennes, dans la salle Pierre de Coubertin.

Plusieurs supporters du PSG version foot, membres de l’ex-association Liberté pour les Abonnés (LPA) ou simples contestataires du plan Leproux, avaient décidé de se retrouver dans le gymnase pour chanter.
MT, l’un des leaders de la défunte association LPA :[indent]
« On voulait mettre une bonne ambiance dans le gymnase, une heure avant le match au Parc des Princes [opposant le PSG à Toulouse, ndlr], histoire de montrer que quand on est là, ça chante.
Et puis, c’était aussi l’occasion d’aller voir un match avec des potes, en étant libre de se regrouper, de chanter, de sortir des drapeaux, tout ce qu’on ne peut plus faire au Parc des Princes. »

    Le billet n’est plus valable...

Sauf que le jour même du même match, 27 de ces supporters reçoivent une lettre du Paris Handball, les informant que leur billet, acheté quelques semaines auparavant, a été annulé. Motif :

  • pour quelques-uns en raison d’une interdiction administrative de stade (IAS) valable pour l’équipe de football du PSG ;
  • pour beaucoup d’autres : « Vous auriez adopté une attitude non conforme à nos valeurs et commis des incivilités voire des actes répréhensibles. »
La missive est signée Jean-Claude Blanc, directeur général délégué du PSG et du Paris Handball. Les supporters apprécient l’emploi du conditionnel, surtout lorsqu’ils apprennent que le Paris Handball refuse également de leur vendre des billets durant l’ensemble de la saison…

    Un dispositif de sécurité exceptionnel

Pour être sûr que les indésirables ne pénètrent pas dans le gymnase, un dispositif de sécurité exceptionnel est mobilisé : quatre cars de gendarmes mobiles, une vingtaine de membre de la section d’intervention rapide (SIR), 75 agents de sécurité.
Las, une centaine de supporters se présente par petits groupes devant la salle Coubertin. La majorité est refoulée de l’entrée du gymnase, non sans avoir dû se soumettre à un contrôle d’identité et à un poireautage d’une demi-heure sans explications
Contacté le soir-même par Rue89, le PSG handball répond par la voix d’une de ses administratrices :
« La préfecture de police de Paris nous a envoyé dans la semaine précédant le match une liste de supporters du PSG interdits de stade qui auraient acheté des billets pour le match de handball.
Par conséquent, nous avons décidé d’annuler les billets de toutes les personnes de cette liste puisqu’ils sont interdits de toutes enceintes sportives. »

    Première erreur : les interdictions de stade sont circonscrites au foot

Première erreur : rien dans les interdictions administratives de stade ne permet de affirmer cela. Au contraire, celles-ci stipulent bien que l’interdiction est circonscrite aux enceintes où se déroulent les matches de l’équipe de football du PSG.

Interrogé par l’AFP, Jean-Claude Blanc indique avoir pris « ses responsabilités », assurant sans nuances :
« Ce sont des interdits de stade du Parc des Princes qui ont acheté des billets pour le handball. »
C’est la deuxième erreur. Plusieurs témoignages recueillis parmi les supporters éconduits démontrent, au contraire, que nombre d’entre eux ne sont pas – et n’ont jamais été – interdits de stade. C’est le cas de Romain. Supporter parisien de 24 ans, résidant à Lille, il s’est vu refusé l’accès à la salle sans aucune raison valable.
« Je n’ai jamais été interdit de stade et je n’ai jamais eu affaire à la police. »
Sur quels critères a donc été établie par la préfecture cette liste d’interdits de stade qui ne le sont pas tous et qui a été transmise au Paris handball afin de justifier l’envoi des courriers annulant les billets ?

    « Jamais eu de problèmes avec la police »

Le 16 août dernier, dans une communication passée inaperçue, Jean-Louis Fiamenghi, directeur de cabinet du préfet de police de Paris, assurait que cette « blacklist » contenait le nom « de toute personne ayant fait l’objet d’une interdiction de stade [qui] ne pourra plus acheter de billets, ni souscrire d’abonnement ».
Outre la légitimité de l’établissement d’une double peine, pour des personnes ayant déjà purgé une condamnation d’interdiction de stade, cette liste soulève un vrai problème dans son contenu. Nous n’y avons pas eu accès malgré des demandes répétées auprès de la préfecture de police de Paris.
Le témoignage de CG tend à prouver que la fameuse « blacklist » va bien au-delà des seuls interdits de stade. Cette supportrice du PSG de 33 ans ne veut pas donner son vrai nom, « déjà que je fais partie d’une liste noire ». Bien qu’elle n’ait jamais été abonnée au Parc des Princes, elle soutient la contestation engagée par LPA depuis l’instauration du plan Leproux.

Son seul rapport avec la police : un contrôle d’identité à Lorient en mai dernier avec prise de photo. Très remontée, CG déclare :
« Je n’ai jamais eu de problème avec le PSG ni avec la police, je n’ai jamais fait partie d’aucune association et je reçois un courrier disant que ma place est annulée. »

    Une liste noire établie à partir d’un contrôle d’identité...

Les témoignages comme celui de CG sont multiples. Contacté par Rue89, à propos de la légalité d’une telle liste et de sa transmission à une société commerciale, à savoir le PSG et le Paris Handball, Jean- Louis Fiamenghi n’a pas souhaité répondre à nos questions.
Le ministère de l’Intérieur, interpellé sur les agissements de la préfecture de police de Paris, ne nous a pas encore répondu.
La liste noire a été très vraisemblablement établie à partir du fichier des interdits de stade mais surtout d’un vaste contrôle d’identité à Lorient en mai dernier sur 400 personnes, dont la plupart avait pour seul tort d’être là...
Scandalisés par ce fichage, une trentaine de supporters parisiens qui ont de bonnes raisons de croire qu’ils font partie de la fameuse « blacklist », alors qu’ils ne sont pas interdit de stade, ont demandé l’ouverture d’une enquête auprès de la CNIL.

    La Cnil est préoccupée

Interrogée par Rue89, la commission ne cache pas ses préoccupations :
« On a reçu à ce jour plus d’une vingtaine de plainte de supporters parisiens et dès qu’on a découvert la déclaration de M.Fiamenghi, on est intervenu auprès du PSG et du ministère de l’Intérieur pour leur demander des explications.
Et sur la question des interdits de salle du Paris Handball, on est en cours d’intervention auprès du PSG, notamment sur les critères d’inscription dans un fichier qui pourraient poser problème vis-à-vis de la loi. »
Dans un entretien accordé au magazine So Foot en août, Valérie Fourneyron, nouvelle ministre des Sports, annonçait qu’elle ne changerait rien en matière de traitement des supporters de football.
« La Loppsi 2 n’est pas l’aspect sur lequel je suis la plus négative concernant l’héritage de mes prédécesseurs. Il ne faut pas négliger les initiatives des clubs comme celles du PSG qui ont plutôt fait leur preuve. »
A part si la CNIL venait à épingler le club de la capitale, non ?

©Anthony Cerveaux | Journaliste
Rue89

http://www.rue89.com/rue89-sport/2012/09/24/des-supporters-illegalement-fiches-par-la-police-et-le-psg-235597